18 septembre 2020

Agencement : l’heure de se réinventer

Du retail à l’hôtellerie-restauration en passant par le tertiaire,  les agenceurs doivent s’adapter à un ralentissement des investissements mais sont aussi challengés par l’émergence de nouvelles approches des espaces. Une opportunité que le secteur entend bien exploiter, comme nous l’explique Pierre Haesebrouck, président de la Chambre Française de l’Agencement et dirigeant de HASAP.


Comment le marché de l’agencement s’est-il comporté face à la crise sanitaire ?

Pierre Haesebrouck_0.pngLes effets de la crise ont été variables selon les marchés. Le retail a subi des coupes budgétaires importantes, de nombreux programmes de travaux n’ont pas été menés à terme et certaines grandes enseignes ont stoppé net les projets de nouveaux lieux de vente.
Côté hôtellerie, le bilan est contrasté et l’impact risque sans doute d’être décalé. En montagne, les hôteliers poursuivent leurs investissements, pour eux le Covid est arrivé tard après une très bonne saison hivernale Quelques hôtels de luxe en bord de mer s’en sont plutôt bien sortis cet été, mais globalement ce segment a fortement souffert de la perte de la clientèle internationale. Le ralentissement du tourisme d’affaires impacte aussi fortement le secteur. 
Dans le tertiaire, il y a beaucoup d’attentisme ; le télétravail a bouleversé l’organisation des entreprises et aujourd’hui il leur est difficile de se positionner sur l’évolution de leurs espaces de travail.
Malgré des perspectives incertaines, des reports de décision, des décalages de chantiers, cette situation inédite a des effets motivants : elle crée un environnement favorable à la réflexion, à l’innovation et à l’affirmation d’un rôle nouveau pour l’agenceur dans le process d’aménagement intérieur.

En quoi la pandémie re-questionne-t-elle le rôle de l’agenceur ?

D’abord cette crise qui pourrait s’installer durablement ou être suivie d’autres du même type a des effets majeurs sur l’agencement de nos espaces de travail, de loisirs, de vie. Par exemple dans l’hôtellerie, on a eu tendance ces dernières années à beaucoup investir dans les espaces communs, créer des salles de co-working, des espaces de détente conviviaux…, en réduisant l’espace des chambres. Faut-il continuer dans ce sens ?  Quels nouveaux services offrir ? De même le télétravail  questionne l’aménagement des espaces tertiaires, leur forme, leur fonction. L’hybridation entre lieu de vie et de travail va s’intensifier. Rappelons que selon une étude récente de QAPA, 63% des français pensent que  cette crise va profondément changer nos habitudes de travail. 
Face à ces questionnements qui animent les maitres d’ouvrage et les architectes d’intérieur, le tout dans un contexte budgétaire contraint,  je pense que le rôle de l’agenceur et surtout son mode d’intervention dans le déroulement d’un projet a pleinement matière a évoluer. Le constat aujourd’hui partagé est que l’agencement évolue de plus en plus vers du sur-mesure, il faut se différencier, offrir aux clients ou aux salariés une expérience ou bien un environnement stimulant, distinctif. Or cette exigence de sur-mesure n’est pas compatible avec les processus classiques où un maitre d’ouvrage fait concevoir son projet par un architecte d’intérieur, lance une consultation et choisit l’entreprise la moins chère.
 Je le constate avec beaucoup de nos clients : quand nous nous positionnons dans une démarche de co-développement le plus en amont possible de la réalisation, nous réussissons à optimiser les budgets et surtout à apporter une forte valeur ajoutée car notre connaissance des matériaux ou des possibilités constructives permet de challenger les projets. Architectes d’intérieur et agenceurs doivent travailler main dans la main pour apporter au projet, à la création, la meilleure ingénierie possible. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui.

Quels sont les leviers pour évoluer dans ce sens ?

D’abord mieux faire connaître les métiers de l’agencement. L’agenceur est un ensemblier, pas une entreprise générale. C’est un collaborateur de l’architecte d’intérieur, dont le savoir faire est de trouver les meilleures réponses techniques de production et d’assemblage pour le meilleur rendu. C’est un métier de passion, de création et de précision technique. 
Ces 10 dernières années, le secteur a fortement évolué, les entreprises, pour la plupart des PME de 20-25 personnes, ont passé des caps technologiques, intégré la conception 3D, développé les outils d’aide à la décision et la numérisation de  la production. Cette dynamique doit se poursuivre car le temps s’accélère et les donneurs d’ordre ont besoin d’être rassurés, de travailler avec des agenceurs solides, bien équipés et réactifs !
Enfin il faut continuer à investir dans la formation. 500 personnes sont formées aux métiers de l’agencement en France chaque année, pourtant nous manquons de conducteur de travaux, de techniciens aguerris, ou de chefs de projet disposant d’une formation  suffisante de type Bac + 3 en alternance. Or ce sont des postes clefs pour coordonner toute la chaîne, du bureau d’études au menuisier en passant par le poseur. Nous travaillons actuellement avec la CFA pour créer un cursus complet de formation, de niveau bac + 5, pour adapter les compétences aux besoins de nos entreprises.

 


Crédit Photo : Michel Denancé / Site web HASAP
 

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