24 mars 2021

« La France doit exporter de la valeur ajoutée ! »

La filière bois française comme de nombreuses industries a été impactée dans son mode de fonctionnement par la crise sanitaire, mais elle tire globalement son épingle du jeu avec une croissance annoncée de 8% en 2020, boostée par des opportunités d’exportation que de nombreuses entreprises ont su saisir. Florence Perrucaud, Présidente de French Timber nous livre sa vision du marché avec un conseil fort, celui de transformer le bois français en France pour ensuite l’exporter.

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Florence Perrucaud, Présidente de French Timber

Quel a été l’impact de la crise sanitaire pour les scieurs ?

Afin de répondre à la demande, les scieries n’ont en général pas fermé plus d’une ou deux semaines. Si on parle des résineux, au moment du déconfinement, en mai, les stocks chez les clients étaient au plus bas. En effet, traditionnellement, importateurs et distributeurs réduisent leurs stocks en décembre pour ne les reconstituer qu’à partir de février. Pour faire face à la fermeture des chantiers et la baisse des commandes des négoces, les scieries ont dû rapidement trouver de nouveaux débouchés sur les marchés européens. Il a fallu à la fois répondre à la demande et reconstituer les stocks très vite. L’activité en France a été fortement stimulée avec une croissance de 8 % pour 2020. La production mondiale a progressé de 2,5 % malgré la baisse programmée au Canada (pays touché par le Mountain pine beetle en 2008 ayant entrainé la fermeture de 40 scieries), en Finlande, en Russie.

Concernant les scieries de feuillus, l’arrêt a été légèrement plus long : en France, l’activité a été ralentie plus longtemps que sur les marchés exports. Pendant l’évolution de la pandémie, les marchés internationaux «  glissants »  ont permis aux scieurs feuillus français de,  globalement, très bien résister voir d’augmenter leurs PDM eu égard au manque de disponibilité de la matière dans le monde  qui n’a fait que s’accroitre ces derniers mois.

Donc la filière bois française s’en sort plutôt bien ?

Les exportations françaises de sciage étaient de 217 M€ en 2011, elles sont passées à 331 M€ en 2020. Oui, on peut dire que le travail sur les marchés export nous a permis de passer la crise plus sereinement. La rénovation, la construction, la palette et l’emballage ont soutenu le marché et les entreprises ont de la visibilité et des carnets de commande bien remplis. Même si on sait que l’activité du bois est cyclique et soumise à de nombreux aléas très divers, météorologiques, logistiques ou bien géopolitiques, cette tendance devrait se poursuivre et être confortée par la démarche sociétale liée à la transition écologique qui remet le bois à sa juste place. Je ne suis pas inquiète, la filière sera sécurisée grâce à des plans de gestion forestiers cadrés et contrôlés et à une demande croissante de produits transformés. 

Comment s’est comporté le marché intérieur ?

Les français qui ont été contraints à résidence pendant de longues semaines et qui sont aussi moins partis en vacances ont fait le choix d’investir dans la rénovation de leur habitat : fenêtres, parquets, terrasses. Les entreprises françaises ont profité de ces investissements qui n’étaient pas prévus mais aussi du blocage des importations dû aux contraintes sanitaires et à la forte augmentation des taux de fret( x par 4). 

Où en est le marché mondial aujourd’hui ?

Il y a toujours une forte tension, mais pas uniquement liée à la crise sanitaire. Ce qui se passe aujourd’hui aux Etats Unis impacte de plein fouet le marché mondial. Après 13 années de sous construction et une forte baisse de la production de bois, le marché américain est en train d’aspirer les volumes européens en résineux. Des aides gouvernementales importantes, dont le dernier chèque de 1 400 USd / habitant, permettent de compenser l’augmentation du prix des bois et de maintenir la demande issue de la construction. Le marché américain bouleverse les flux mondiaux avec le phénomène des vases communicants sur la Chine et l’Europe. La demande mondiale est la et les acheteurs se tournent vers d’autres zones d’approvisionnement pour y répondre.

Pour les marchés feuillus, la production américaine est également en baisse depuis 2019, ceci afin de faire remonter les cours. Les zones d’approvisionnement alternatives sont plus limitées. La reprise de la demande excède l’offre. Elle profite aux scieurs feuillus européens qui retrouvent de la compétitivité car les unités de la transformation du bois sont structurées (séchage, collage, etc.) et ont des disponibilités en bois secs ce qui n’est pas le cas de tous les bassins d’approvisionnement.

Faut-il stimuler l’exportation de grumes françaises ?

Deux stratégies sont à l’œuvre au niveau mondial, soit le repli protectionniste, soit l’exportation massive de grumes. D’un côté, vous avez les russes entre autres qui vont arrêter de vendre des grumes à partir de fin 2021 pour protéger leur matière première et favoriser une transformation locale de valeur ajoutée. Et de l’autre, des pays comme la Belgique ou la France via des traders qui ont fait le choix d’exportations massives, portées par la forte demande chinoise. D’autre part, les allemands préfèrent aujourd’hui vendre leurs grumes scolytées en Chine parce que ces ventes représentent de gros volumes et un chiffre d’affaires conséquent qui répond à une problématique ponctuelle. Mais c’est une vision à court terme. Il faut faire attention à ne pas exporter notre matière première sans la transformer. Le premier risque est là. Dans un contexte de marché tendu les acheteurs sont prêts à payer plus cher des produits transformés. Il est indispensable que la France développe son industrie en favorisant une transformation nationale.  C’est l’ambition de Jacques Ducerf, le nouveau Président de la Fédération Nationale du Bois et de toute son équipe.

Quelles sont les perspectives pour la filière ?

Si on maitrise bien les investissements liés à la modernisation et à la digitalisation de la filière, les entreprises seront plus compétitives et moins vulnérables face à la concurrence mondiale. Les marchés de la rénovation, de l’aménagement et de la construction sont très dynamiques.  Que ce soit en Asie ou en Europe.  Malgré les conséquences du Brexit, scieries normandes tirent largement leur épingle du jeu. La clé de la réussite est notre capacité à maintenir notre matière première sur notre territoire. Les acteurs français doivent s’attacher à optimiser leur production, à la valoriser en soignant la qualité puis à l’exporter. Des outils et des aides existent pour les accompagner. French Timber est très actif aux côtés de Business France avec son chèque de relance export, des actions collectives, comme la participation au salon de Dubaï ou encore l’organisation de missions … Il s’agit bien de valoriser la qualité des produits finis français et trouver des solutions pour optimiser les rendements de la matière première disponible.

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L'équipe French Timber

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