07 octobre 2021

Le réemploi se met en mouvement avec les UPER’S

Tendance de fond, le réemploi ou « upcycling » est amené à se développer, encouragé par les exigences écologique, les nouvelles réglementations, mais aussi les attentes de consommateurs avertis. Au sein de l’Ameublement Français, un collectif original s’est constitué : les UPER’S, résolu à structurer et dynamiser cette filière du réemploi.

Entretien avec Fabrice Poncet, agenceur et porte parole du mouvement.

 

Quel est aujourd’hui le contexte dans lequel s’inscrit le réemploi ?

Un contexte favorable, mais très exigeant. Les éco-organismes comme Valdélia ou éco-mobilier ont beaucoup travaillé sur le recyclage, on estime que 91% du mobilier collecté est recyclé, c’est-à-dire que les composants comme l’aluminium, le plastique, les mousses, le mélaminé sont envoyés vers des filières et transformés pour être réutilisés. Mais aujourd’hui dans les lois européennes, et c’est aussi le cas dans la loi AGEC , le réemploi est priorisé dans la hiérarchie des traitements.
Les objectifs fixés par la loi AGEC sont très ambitieux ; pour vous donner un exemple, elle prévoit que, d’ici 2022, 20% du mobilier de bureau acheté par le secteur public soit issu du réemploi : ce sont des volumes très conséquents, qui exigent une structuration de la filière du réemploi. Jusqu’àlors on savait travailler sur des boucles de réutilisation très courtes, comme par exemple, le marché de la location ou de l’occasion ou des boucles beaucoup plus longues, comme le recyclage des composants ; maintenant ce que l’on doit développer ce sont les boucles intermédiaires, qui permettent avec différents niveaux d’intervention un réemploi plus rapide, plus local et qui ne passe pas par une destruction de la matière.

Comment faut-il agir pour développer une fabrication d’agencement ou de mobilier plus circulaire ?

C’est toute l’ambition que nous avons avec le mouvement des UPER’S, qui est né au sein de l’Ameublement Français. Nous avons fait entrer aux côtés des industriels du meuble et de l’agencement, des petites structures, des start-up pour la plupart issues de l’économie sociale et solidaire, qui ont en commun de travailler sur des boucles de réemploi courtes ou intermédiaires, mais qui n’ont pas la puissance de feu pour traiter de gros volumes.
L’objectif est qu’ensemble on puisse développer des solutions ; pour s’attaquer aux gisements, il faut se réunir. 
Au sein du mouvement, nous avons aussi des structures comme Merci René ou Square Solutions, qui peuvent jouer un rôle d’ensemblier et permettre de répondre à des appels d’offres publics ou privés qui intègrent des demandes de mobilier neuf, local et durable, mais aussi de mobilier issus du réemploi. Autre exemple, 100 Détours est une entreprise qui surcycle notamment des huisseries de bâtiments, nous les avons mis en relation avec le groupement qui rassemble les industriels du mobilier urbain au sein de l’Ameublement Français. Notre vocation est de diffuser la culture du réemploi et de créer des occasions de faire ensemble. Au sein de notre entreprise, La Fabrique, nous avons incubé et accompagné  l’Atelier Emmaus, qui fabrique de nouveaux meubles à partir d’éléments d’ameublement en intégrant une dimension design et une grande exigence dans la qualité de fabrication. Aujourd’hui, l’Atelier Emmaus, mais aussi l’Atelier extra–muros ou encore les meubles Seve, créent et fabriquent du mobilier sur-mesure à partir de bois récupéré et revalorisé. Toutes ces ressources sont mobilisées au sein du mouvement des UPER’S.

Selon vous, quels sont les principaux freins au développement du réemploi ?

Ils sont de trois ordres. Le premier est la perception du prix des produits « upcyclés ». La valeur ajoutée du réemploi passe par de la main d’œuvre, qui entre dans le prix final. Le réemploi n’est donc pas moins cher. Mais il crée des emplois : on estime que 10 000 tonnes de déchets enfouis créent 1 emploi tandis que 10 000 tonnes réemployées créent 650 emplois.

Le second frein réside dans la qualité du gisement, on récupère beaucoup de panneaux de mélaminé blanc, il faut donc apporter une vraie valeur ajoutée en termes de design, en modifiant les approches habituelles : on doit partir de ce dont on dispose pour réinventer un meuble ou un agencement. La qualité esthétique des produits réemployés est un critère majeur pour rencontrer un marché.

Le troisième frein est d’ordre logistique. L’enjeu est d’ identifier les gisements, de les collecter, de les stocker pour qu’ils ne s’abiment pas et ne deviennent pas des déchets. La mise en relation entre l’offre et la demande est encore balbutiante, même si les matériauthèques se développent. 

Avec les UPER’S, nous travaillons sur tous ces volets car les enjeux sont énormes. Pour illustrer mon propos, on estime aujourd’hui qu’un français produit 10 tonnes de CO2/an. En 2050, il faudrait que ce chiffre soit réduit de moitié. Si l’on réussit à modifier les modes de fabrication, et à allonger les durées d’utilisation des meubles pour sortir du “fast-furniture”, en intégrant systématiquement l’éco-conception et l’objectif bas carbone, on peut diviser cette production par 4 et par 8 en ajoutant le réemploi. C’est motivant, non ?

 

Une table conçue et réalisée par 100détours, à partir d’éléments de mobilier bois.